14 ingrédients pour améliorer vos formations en blended learning

Scénarisation pédagogique Feb 21, 2020

Le blended learning est de plus en plus populaire, que ce soit dans les institutions d’enseignement supérieur comme dans les entreprises. Ces dispositifs pédagogiques qui associent des phases en présence et à distance représentaient, en 2018, près de 65% des formations dans les entreprises et sont aujourd’hui l’une des priorités stratégiques de la mission d’enseignement des universités – comme le montre la récente stratégie numérique de l’Université de Lausanne. Dans ce contexte, les enseignants comme les formateurs se posent de nombreuses questions : comment hybrider son cours ? Que proposer à distance ? Quels outils mobiliser pour favoriser la réussite ? Dans ce billet, je vous propose d’explorer les principales raisons qui démontrent l’intérêt du blended learning et de parcourir les ingrédients d’un dispositif hybride efficace.

Qu’est-ce qu’un dispositif hybride ou blended learning ?

Charlier, Deschryver et Peraya (2006) définissent le dispositif hybride comme un dispositif pédagogique comprenant une articulation de phases en présence et à distance, plus précisément “par la présence dans un dispositif de formation de dimensions innovantes liées à la mise à distance. Le dispositif hybride, parce qu’il suppose l’utilisation d’un environnement technopédagogique, repose sur des formes complexes de médiatisation et de médiation.”

Sur la base de cette définition, le consortium de recherche HY-SUP a élaboré un cadre de quatorze composantes réparties en cinq dimensions (Burton & al., 2011) permettant de décrire les dispositifs hybrides. Ces cinq dimensions sont la mise à distance et les modalités d’articulation des phases présentielles et distantes, l’accompagnement humain, les formes particulières de médiatisation et de médiation liées à l’utilisation d’un environnement technopédagogique ainsi que le degré d’ouverture du dispositif.

En utilisant ce cadre, les chercheurs ont interrogé 174 enseignants de 22 établissements d’enseignement supérieur pour dégager six configurations ou types de dispositifs (Deschryver et Charlier, 2012). Les trois premières configurations sont dites “centrées sur l’enseignement” ; en effet, le rôle principal est assuré par l’enseignant, la participation active des étudiants est peu fréquente, l’approche pédagogique est plutôt orientée sur les contenus et les activités distantes ne sont ni organisées ni scénarisées. Les trois autres configurations sont dites “centrées sur l’apprentissage”, car le rôle principal est joué par l’apprenant, les modalités d’apprentissage sont diversifiées, les activités à distance sont organisées et scénarisées.

Pourquoi développer du blended learning ?

Dans un article de 2014, Nathalie Deschryver et Marcel Lebrun ont analysé l’effet des différents types de dispositifs hybrides sur l’apprentissage d'étudiants universitaires. Les types 1 à 3 ont un effet significativement plus faible sur les apprentissages que les types 5 et 6 – en termes de sentiment d’efficacité et d’approche d’apprentissage.

Qui plus est, le type 5, décrit comme celui présentant une hybridation forte entre présence et distance et faisant largement appel aux ressources, aux outils et aux opportunités de médiation pédagogique offerts par le numérique présente les effets les plus grands sur les dimensions présentées ici, y compris sur l’approche d’apprentissage en profondeur et le sentiment d’efficacité personnelle.

Dès lors, en agissant sur les 14 paramètres dégagés par HY-SUP, le formateur et l’enseignant peuvent faire évoluer leur dispositif vers une hybridation plus efficiente. En d’autres termes, plus les ingrédients ci-dessous sont mobilisés dans une formation hybride, plus celle-ci améliore entraîne de meilleurs apprentissages.

Comment concevoir un dispositif hybride efficace ?

  1. Faire participer activement les apprenants en présence, que ce soit individuellement – en réalisant un exposé, une démonstration ou en amenant les apprenants à voter (par des outils comme Wooclap ou Plickers – ou en groupe – par du travail collaboratif, un débat, une étude de cas.
  2. Faire participer activement les apprenants à distance, par le biais d’activités similaires au présentiel ou prenant appui sur des modalités propres à la distance : lecture de dossiers, rencontres d’experts, activités sur le terrain, etc.
  3. Mettre à disposition des apprenants des outils d'aide aux apprentissages, comme des logiciels de gestion de projet (Trello ou Asana), des outils pour réfléchir sur leurs manières d’apprendre (blogs ou portfolio) ou encore des indicateurs sur l’état de la participation en ligne (comme l’outil “Ma Réussite” à l’Université Laval).
  4. Mettre à la disposition des apprenants des outils de gestion, de communication et d'interaction. Il peut s’agir d’outils de discussion asynchrone (comme des forums) ainsi que d’outils de gestion comme un calendrier, un système de rappel des échéances, etc.
  5. Proposer des ressources pédagogiques sous forme multimédia (ressources audiovisuelles, photographies interactives, simulations, réalité augmentée, etc.).
  6. Proposer aux apprenants de réaliser des travaux sous forme multimédia. Par ce biais, l’enseignant ou le formateur leur demande de réaliser leurs travaux et projets à travers des outils multimédias comme des études de cas présentées en vidéo, une revue de la littérature sous la forme d’une carte conceptuelle interactive, etc.
  7. Recourir à des outils de communication synchrone et de collaboration. Il s’agit de recourir à des outils de communication écrite – Slack ou tout autre système de chat –, orale, vidéo (Meet, Skype) ou de classe virtuelle (Adobe Connect, Zoom).
  8. Offrir aux apprenants la possibilité de commenter et d'annoter les documents. Souvent, les formateurs ou enseignants préfèrent distribuer leurs ressources au format PDF. La recherche a néanmoins montré l’intérêt d’offrir la possibilité aux apprenants de commenter ou d’annoter directement les ressources écrites comme audiovisuelles (comme proposé dans EZplayer, un logiciel d'annotation de vidéos développé à l’Université libre de Bruxelles).
  9. Travailler des objectifs réflexifs et relationnels à travers son cours. Dans une formation ou un cours, au-delà des dimensions de contenus, il s’agit également de développer des objectifs réflexifs et relationnels qui s’apparentent aux soft skills : mieux se connaître ; prendre de la distance, critiquer des savoirs ou des méthodes ; développer leur confiance en soi ; entrer en relation avec d’autres (par exemple, étudiants, experts, groupes); etc.
  10. Offrir un accompagnement méthodologique aux apprenants. Il s’agit, pour le formateur ou l’enseignant, de former les apprenants aux compétences nécessaires pour la réalisation des travaux de groupes, de les soutenir dans le développement des compétences numériques nécessaires pour réaliser la formation, etc.
  11. Aider les apprenants à réfléchir à leurs apprentissages. Le but est d’outiller l’apprenant, en termes de connaissances et de stratégies, pour qu’il puisse réfléchir à ses manières d’apprendre. Il peut s’agir d’amener les participants ou étudiants à développer à concevoir des méthodes de travail ou d’apprentissage propres à la formation, solliciter une réflexion continue sur leurs découvertes et leurs apprentissages – à travers un portfolio – ou envisager les manières de transférer les acquis sur le terrain.
  12. Développer l'apprentissage par les pairs. Il s’agit d’amener les participants à se soutenir entre eux – répondre à des questions d’autres étudiants, faire des démonstrations de certains outils
  13. Offrir une liberté aux apprenants dans le choix des méthodes pédagogiques. Celle liberté peut être obtenue à travers cinq dimensions : le choix des méthodes pédagogiques utilisées dans le cours, le choix modes d’évaluation des apprentissages, le choix des cheminements possibles au sein du dispositif de formation, le choix personnes ressources à solliciter pour être accompagné dans leurs apprentissages et, enfin, le choix des outils de communication.
  14. Recourir à des ressources et acteurs externes à la formation afin de confronter les étudiants à des situations hors du contexte académique et plus proche d’une réalité de terrain. Cela peut se faire à travers l’intervention d’experts ou de praticiens ou par des projets qui s’inscrivent dans la réalité professionnelle ou sociétale.

Situer ses pratiques actuelles

L’outil CARENN, CARtographie des ENseignements Numériques, vous propose un outil d’autodiagnostic de votre cours ou module et permet de caractériser celui-ci. Sur cette base, le site met à votre disposition des ressources variées pour concevoir, mettre en œuvre, analyser, accompagner, animer des dispositifs d’enseignement hybride, en présence et à distance.


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Nicolas Roland

Je suis learning experience designer (Caféine.Studio) et enseignant à l’Université libre de Bruxelles (certificat "Enseigner dans le supérieur avec le numérique").