Guide de survie pour enseigner à distance dans un cas de force majeure : créer un cours en ligne en quelques heures

Guide Mar 21, 2020

Un peu partout dans le monde, la situation actuelle a amené les institutions d'enseignement supérieur à recourir à l'enseignement à distance en quelques jours. Dans ce contexte, si vous êtes enseignant·e, vous êtes probablement en train d’expérimenter de nouvelles pratiques. Ce guide a pour objectif de vous accompagner dans cette nouvelle vie – probablement temporaire – d’enseignant·e en ligne. Comment ? En vous offrant une série de conseils et de pistes sur les approches pédagogiques et les outils numériques à mobiliser pour soutenir à distance les apprentissages de vos étudiant·e·s. Ce deuxième billet vous propose une approche complétée par des conseils pratiques pour construire votre cours en ligne en situation d’urgence.


Billets de la série “Guide de survie pour enseigner à distance dans un cas de force majeure” :


Une approche à privilégier : rationaliser

Dans le contexte actuel, inutile de parler “d’ingénierie pédagogique inédite”, de “scénarisation innovante de parcours d'apprentissage” ou de “création de ressources multimédias riches”. Vous n’avez pas le temps !

Vous devez organiser rationnellement votre temps d’enseignement. Pour cela, je vous invite à invite à investir un minimum de temps dans la transmission de vos contenus et à maximiser celui que vous passez à soutenir, animer et accompagner vos étudiants.

Concrètement, ce n’est pas le moment d'innover ou d'essayer de médiatiser vos contenus pour développer un réel cours en ligne. En moyenne, un dispositif à distance – comme un MOOC de 6 à 8 semaines – prend entre six à douze mois de conception. Il me semble également inutile de prendre – ou perdre – trop de temps pour transformer en profondeur vos cours sous la forme de supports audiovisuels ou multimédias. Ceux-ci requièrent énormément d'investissement en termes de pré-production (l’écriture, la recherche graphique, la préparation des éléments, etc.), de production (les nombreuses tentatives d’enregistrement) que de post-production (le montage). Et ce temps, de mon point de vue, vous ne l’avez pas. Dès lors, il s’agit de rationaliser. Vous pouvez médiatiser une série de ressources, mais seulement si cela a un apport réel dans la transmission, l’engagement ou le soutien de vos étudiants.

Dans ce contexte, au-delà de la conception des ressources, votre mission sera d’accompagner les apprentissages de vos étudiants. Un des plus grands défis de l’enseignement à distance asynchrone est de les engager dans vos cours. Ce format d’enseignement amène une série de nouveautés qui engendrent des difficultés pour les apprenants, notamment  en termes de temporalité – “Je peux suivre le cours quand je veux” –, de durée de consultation des ressources – ”52 minutes de vidéo, c’est beaucoup trop long” – ou encore de compréhension des consignes – “Pourquoi doit-on discuter de cet article sur le forum ?”. En l’absence des repères physiques et verbaux habituels qui accompagnent une rencontre en face à face dans un cours présentiel, vos étudiants peuvent avoir des difficultés à se mettre à la tâche, à se donner un rythme de travail, à étudier en autonomie, à partager leurs difficultés de compréhension, etc.

Ces différentes difficultés nécessitent, selon moi, un changement de posture : reconsidérer la posture transmission pour vous placer dans une posture de médiateur d’accès à la connaissance – en sélectionnant et offrant les bonnes ressources – ainsi que de tuteur/accompagnateur – en motivant les apprenants à appréhender la matière, en les aidant à dépasser leurs difficultés, etc.

Comment faire cela alors que vous n’avez que quelques jours – ou, plutôt, quelques heures – pour développer votre cours ? Proposition de réponse en trois étapes.

Etape 1 – Faire de la curation

Pour transmettre du contenu aux étudiants en un minimum de temps, utilisez des ressources qui existent déjà et que vous pouvez éventuellement améliorer facilement. Lesquelles ?

  • Votre syllabus/polycopié.
  • Votre diaporama, si celui-ci contient des commentaires ou des notes. S’il s’agit juste d’un support de présentation, évitez de le diffuser sans le compléter de notes ou en réaliser une version vidéo avec vos commentaires.
  • Vos notes de cours, voire des notes prises par un étudiant de l’année précédente que vous relisez et améliorez.
  • Un (ou plusieurs) livre(s) de référence.
  • L’enregistrement des séances de cours de l’année précédente.
  • Les supports de collègues d’une autre institution.
  • Des ressources éducatives libres.
  • Etc.

Votre rôle dans cette phase de transmission est de devenir “curateur de contenu”. La curation de contenu (étymologiquement du latin curare : prendre soin et de l'anglais content curation ou data curation) est une pratique qui consiste à sélectionner, éditer et partager les contenus les plus pertinents sur un sujet. En tant que curateur de contenu, vous allez donc sélectionner et adapter des contenus correspondant à vos thématiques de cours – et aux compétences à développer chez vos étudiants – de manière rapide et peu coûteuse. Il vaut mieux privilégier la qualité sur la quantité. Plutôt qu’une collection exhaustive de ressources qui perdrait vos étudiants dans une masse d’informations, sélectionnez encore plus que lors de vos cours en présentiel.

Après avoir effectué cette curation, posez-vous la question de l’intérêt de créer l’une ou l’autre ressource multimédia propre à votre cours : une vidéo face caméra de vous donnant les consignes par rapport aux ressources diffusées, une explication sonore complémentaire sur un diaporama, une capture d’écran avec voix off qui analyse une ressource, etc. À nouveau, essayez de faire le choix le plus rationnel en fonction de votre temps et des ressources disponibles. Surtout, gardez du temps pour l’étape 3.

Etape 2 – Structurer la diffusion des contenus

Par facilité de conception et cohérence pour les étudiants dans ce contexte difficile, structurez la diffusion de vos contenus de cours en fonction des semaines de l’année. En d’autres termes, ne diffusez pas votre support de cours complet directement. Découpez celui-ci en morceaux (ou “séquences”, “modules”, etc.) qui seront envoyés chaque semaine à vos étudiants (sur la plateforme d’apprentissage en ligne). Cette façon de distiller vos contenus au fur et à mesure vous permettra de garder la motivation de vos étudiants, leur intérêt par rapport à la matière et instaurera un rythme de travail.

Essayez également d’appréhender la charge de travail de vos étudiants. L’idéal serait de proposer un nombre d’heures de travail pour s'approprier la matière similaire au nombre d’heures en présentiel – vous aurez donc probablement à réduire la matière à voir.

Rédigez des consignes pour chaque séquence. Il est essentiel d’expliciter aux étudiants ce qu’ils doivent faire, et ce que vous attendez de leur part : ressources à utiliser, dates limites, activités à réaliser, etc. Tout doit être décrit.

Etape 3 – Créer de l’engagement et soutenir les apprentissages

Vous avez sélectionné et diffusé vos ressources. Maintenant, vous entrez dans l’étape la plus importante. Il s’agit de les engager par rapport à vos contenus et de soutenir leurs apprentissages. Pour cela, il vous faut un maximum de temps. Vous devez notamment stimuler les interactions de manière plus proactive que ce que vous faites habituellement en présentiel.

Comment engager les étudiants dans l’appropriation des supports ?

  • Créer une courte vidéo (face caméra, avec votre webcam ou smartphone) au début de chaque séquence afin de rendre le message présentant les consignes plus personnel et ainsi créer un engagement émotionnel.
  • Présenter clairement le “Menu de la semaine” : les objectifs de la séquence, le(s) thème(s), le(s) support(s), les activités à réaliser, etc. Un document récapitulatif par séquence est idéal.
  • Présenter l’apport/l’intérêt de la séquence/des contenus dans le cadre du cours.
  • Définir des dates limites pour les activités (lectures, travaux, etc.) à réaliser dans le cadre de la séquence. Soyez précis sur les échéances et recourez à des outils de planification (comme la fonctionnalité “Calendrier” sur Moodle) afin d’aider à structurer le planning de travail de vos étudiants.

Il est également nécessaire de développer une communauté d’apprentissage pour votre cours. Que ce soit à travers un forum ou un système de discussion (Teams, Slack, What’s App, etc.), cette communauté vous permettra d’interagir directement avec vos étudiants. Voici quelques conseils sur l’usage de cette communauté :

  • Encourager les étudiants à s’identifier avec une photo de profil.
  • Demander aux étudiants de partager leurs difficultés d’apprentissage avec vous et le groupe.
  • Demander aux étudiants de partager leur expérience de travail et leurs loisirs afin de personnaliser l’apprentissage de chacun.
  • Faire preuve d’une présence continue dans le cours en affichant des nouvelles, des rappels et en ajoutant des commentaires significatifs aux fils de discussion.
  • Être attentif à l’approche de la date limite des devoirs pour des questions complémentaires ou des demandes de clarification.

Dans cette communauté – ou en dehors –, vous pouvez également offrir un espace de liberté et de socialisation pour les étudiants, où ils peuvent discuter de divers sujets. Ils échangeront entre eux et pourront se soutenir. Ce type de communauté existe déjà probablement en dehors du cadre de l'institution ou de votre cours – notamment par l’intermédiaire de groupes Facebook. C’est légitime face à cette période de confinement. Néanmoins, rappelez aux étudiants les règles concernant la diffusion des contenus de cours – s’ils peuvent discuter ailleurs des contenus, ils ne peuvent en aucun cas diffuser les supports.

Il est également important de compléter cette communauté avec un système de rendez-vous (permanence), c’est-à-dire un (ou plusieurs) créneau précis durant lequel les étudiants peuvent vous contacter suivant des modalités définies. Cela permettra à ceux qui ne préfèrent pas partager leurs difficultés en public de directement venir vers vous. Pour cela, l'outil Calendly permet d'organiser des rendez-vous assez simplement.

N'oubliez pas l'enseignement synchrone et les classes virtuelles – dont je vous parlais dans le premier billet de ce guide –, elles complètent très bien l'enseignement asynchrones pour une série d'activités particulières (une session d’enseignement de matière lors de laquelle les étudiants pourraient avoir des questions, une session de questions/réponses suite à une séquence asynchrone, une session de discussion avec les étudiants sur certains aspects de la matière, etc.)

Enfin, vous pouvez créer une foire aux questions (notamment grâce à un “forum” ou un “wiki”) qui reprend les difficultés fréquentes concernant la matière ou couvre les aspects importants de la gestion des cours, le temps à consacrer aux activités, les outils à disposition sur la plateforme, les dates importantes, les consignes pour l'examen, etc.

Si vous en avez la possibilité – temporelle et technique –, utilisez également les outils de “learning analytics”, de “rapport d’activités” ou “suivi des progrès”. Ceux-ci vous permettront d’avoir une vision – globale ou précise – des consultations et activités de vos étudiants afin de suivre leurs apprentissages et de pouvoir les réguler.


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Nicolas Roland

Je suis learning experience designer (Caféine.Studio) et enseignant à l’Université libre de Bruxelles (certificat "Enseigner dans le supérieur avec le numérique").