Guide de survie pour enseigner à distance dans un cas de force majeure : la classe virtuelle

Vous êtes enseignant·e, votre institution est fermée à cause du COVID-19 et les autorités vous invitent – de manière plus ou moins coercitive – à passer à l’enseignement à distance. Ce guide a pour objectif de vous accompagner dans cette nouvelle vie – probablement temporaire – d’enseignant·e en ligne. Comment ? En vous offrant une série de conseils et de pistes sur les approches pédagogiques et les outils numériques à mobiliser pour soutenir à distance les apprentissages de vos étudiant·e·s. Ce premier billet se concentre sur l’enseignement synchrone, et plus particulièrement sur la classe virtuelle.


Billets de la série “Guide de survie pour enseigner à distance dans un cas de force majeure” :


Asynchrone ou synchrone ?

L’enseignement à distance permet d’envisager deux types de temporalités : l’enseignement synchrone et l’enseignement asynchrone.

Dans le premier cas, enseignants et étudiants se réunissent en ligne au même moment et interagissent en temps réel, par un système de discussion écrite ou par visioconférence – ou classe virtuelle. Celle-ci est souvent privilégiée pour réunir les apprenants et l’enseignant à distance pour une session de classe en ligne. Elle garde les codes du présentiel tout en utilisant les atouts du numérique pour dynamiser la formation.

Dans le second cas, en asynchrone, l’enseignant propose des ressources pédagogiques, des exercices ou des activités à ses étudiants qui peuvent y accéder quand ils le souhaitent. Ce travail de consultation peut être individuel et autonome – permettant à chacun d’appréhender la matière à son rythme –, mais cette modalité offre également des possibilités d’interaction (à travers des forums ou des systèmes d’échange de messages), de production de contenus collaboratifs (par le biais d’un Wiki ou d’un document partagé), etc.

Dans ce premier billet du “Guide de survie pour enseigner à distance dans un cas de force majeure”, je me concentre sur l’enseignement synchrone, et plus particulièrement sur la classe virtuelle. Ce format offre l’avantage d’engager directement les étudiants à travers une interaction avec leur enseignant. La classe virtuelle, par le fait de voir les autres à travers leurs webcams et de discuter avec eux, crée également un plus grand sentiment d'appartenance à la communauté, ce qui réduit le sentiment d'isolement. Lorsque l’enseignant expose la matière, les étudiants peuvent directement poser une question afin de rapidement dépasser leurs difficultés – ce qui s’avère impossible par la diffusion de textes ou de vidéos. Toutefois, la classe virtuelle nécessite qu’enseignant et étudiants soient tous connectés en même temps. Elle requiert également quelques spécificités techniques – détaillées ci-dessous – ainsi que des compétences d’animation de la part de l’enseignant.

Quand proposer une classe virtuelle ?

La classe virtuelle n’est pas une simple transposition en ligne d’un cours ex cathedra donné en amphithéâtre durant deux heures.

Lors de celle-ci, le rôle de l’animation primordiale, car les apprenants sont plus à même de décrocher seuls face à leur écran. Certaines activités pédagogiques se prêtent dès lors mieux à l’usage d’une classe virtuelle :

  • Session d’enseignement de matière lors de laquelle les étudiants pourraient avoir des questions
  • Session de questions/réponses suite à une séquence asynchrone – par exemple, de la matière vue à travers des lectures et/ou vidéos.
  • Session de discussion avec les étudiants sur certains aspects de la matière.
  • Session de travail où les étudiants sont en sous-groupes pour résoudre des exercices ou des cas.
  • Session de suivi d’un travail de groupe, d’un ou de plusieurs étudiants en mémoire, etc.

Quel matériel utiliser ?

La liste du matériel ci-dessous s’applique tant à vous qu’à vos étudiants.

  • Un ordinateur (fixe ou portable) ou une tablette. Pour vos étudiants, la tablette est une option qui leur permet de suivre les cours confortablement. Pour vous, l’idéal est d’opter pour un ordinateur qui vous offrira plus de facilités en termes de présentation, de partage d’écran, etc.
  • Microphone. Le son est l’une des dimensions cruciales d’une classe virtuelle. En proposant un son de mauvaise qualité, votre session sera difficile à suivre. Pour cela, je vous déconseille d’utiliser le microphone de votre ordinateur. Celui-ci a tendance à capter les bruits ambiants, et notamment le son des ventilateurs de votre machine. Pour améliorer la qualité de votre diffusion, optez pour un casque – ou des écouteurs – avec micro, voire pour un micro externe (comme le Yeti ou le Rode NT USB).
  • Casques ou écouteurs. Ceux-ci seront essentiels pour éviter un écho produit par vos baffles.
  • Caméra. La plupart des ordinateurs portables et des tablettes possèdent déjà une caméra qui fera l’affaire. Au besoin, une webcam tierce (comme celles de chez Logitech) vous permettent d’améliorer la qualité de votre image.
  • Internet. Votre classe virtuelle nécessite une fiabilité de votre réseau Internet ; privilégiez le câble au Wi-Fi.

Quels logiciels utiliser ?

Il existe de nombreux logiciels comme Adobe Connect, Zoom, Teams, etc.

Si votre institution ne propose aucune solution, je vous invite à lire cet article présentant dix services gratuits et sans inscription.

Pour vous aider à choisir un logiciel, faites d’abord la liste des fonctionnalités dont vous avez besoin. Je vous propose les principales ci-dessous :

  • Présentation de contenus
  • Système de gestion des participants (lever la main, bloquer les micros, mettre un apprenant en tant que présentateur, etc.)
  • Communications verbales en ligne
  • Communication par écrit
  • Possibilité de faire des sous-groupes
  • Salles de discussion permettant le travail en équipe
  • Partage d’écran et d’applications
  • Outils de sondage
  • Tableau blanc interactif

Que puis-je proposer à mes étudiants lors d’une séance de classe virtuelle ?

Schématiquement, trois techniques d’animation peuvent être utilisées durant une séance de classe virtuelle :

  • L’exposé (ou la démonstration) : il s’agit d’une présentation structurée de la part de l’enseignant, similaire à un exposé ex cathedra en amphithéâtre. Lors de cet exposé, vous pouvez parler face caméra, partager votre écran pour diffuser un diaporama, faire la démonstration d’un logiciel ou écrire sur un tableau blanc.
  • L’interaction : cette technique vise à favoriser l’échange et maintenir l’attention des étudiants tout en stimulant leur réflexion. Vous pouvez envisager des interactions individuelles – en interrogeant directement l’un des étudiants – ou collectives – à travers un outil de vote en ligne comme Wooclap ou Socrative, voire par un simple tour de table si vous n’avez pas trop d’étudiants.
  • L’activité collaborative : celle-ci amène les étudiants à échanger ou collaborer entre eux durant la séance de classe virtuelle. Pour cela, votre outil de classe virtuelle doit offrir la possibilité de mettre les participants en sous-groupes (comme la fonction “atelier” sur Adobe Connect) ou leur demander d’effectuer une discussion en sous-groupe de leur côté avant de revenir dans la salle principale. Grâce à cela, vous pouvez leur demander de résoudre un problème, de réaliser un exercice, de confronter leurs idées, etc.

Comment préparer la séance ?

  • Définissez un déroulé minuté de votre séance : il est plus difficile de gérer le déroulement d’une séance à distance qu’en présence – ne serait-ce que par les potentielles difficultés techniques, le temps que peuvent prendre les discussions, etc. Dès lors, je vous conseille d’élaborer un scénario minuté qui détaille, étape par étape, votre séance. Au-delà de vous aider à tenir le timing durant la séance, il vous permet de préparer différents moments composés de différentes activités pour rythmer votre classe virtuelle.
  • Définissez une “nétiquette”, ou charte des règles de conduite et des pratiques durant la classe virtuelle (je vous invite à lire la partie consacrée ci-dessous).
  • Elaborez un guide d’utilisation de la classe virtuelle : ce guide précisera les modalités de connexion, la configuration requise pour suivre la séance, les plugins à installer, la nétiquette, etc. Invitez les étudiants à se connecter dix minutes avant le début de la séance. Vous pourrez l'envoyer par mail ou le déposer sur votre plateforme.
  • Amenez vos étudiants à tester leur matériel : une classe virtuelle réussie tient avant tout à une participation optimale – c’est-à-dire sans souci technique – pour les apprenants. Ouvrez une salle dans laquelle ils peuvent tester leur micro et leur webcam avant votre séance.
  • Envoyez un rappel aux étudiants : suivre un cours en classe virtuelle depuis son domicile n’est pas dans les habitudes des étudiants. Dès lors, un rappel de la date et de l’heure de séance de classe virtuelle s’avère nécessaire.

Comment animer la séance ?

  • Soyez présent dix minutes avant le début de la séance : cela vous permettra de vérifier que tout fonctionne sur le plan technique ainsi que de saluer les étudiants qui arrivent au fur et à mesure.
  • Présentez le programme de la classe virtuelle : débutez en introduisant la thématique de la séance, sa durée, ses objectifs ainsi que les différents moments du programme. Après quelques minutes, vous pouvez rappeler les règles de la classe virtuelle ainsi que les bonnes pratiques afin de vivre une séance optimale : couper son micro lorsqu’il n’est pas utilisé, éteindre son smartphone (ou le mettre en mode avion), couper les éventuelles autres fenêtres, etc.
  • Modérez la discussion : si cela s’avère possible, demandez à un étudiant, un assistant ou un collègue de modérer les discussions, c’est-à-dire d’assurer que les questions et commentaires importants soient abordés. Cette personne peut également venir en aide aux étudiants qui ont des soucis techniques durant la classe virtuelle.
  • Amenez vos étudiants à prendre des notes : que ce soit de manière individuelle ou en groupe – en demandant aux étudiants d'écrire et de commenter ensemble sur un Google Doc partagé –, proposez aux étudiants de prendre des notes pour adopter un comportement similaire à celui qu’ils ont en amphithéâtre.
  • Utilisez le système de discussion écrite : demandez à vos étudiants de poser leurs questions ou de faire leurs remarques à travers le chat du logiciel – tout en respectant la nétiquette. Cela vous permettra de revenir sur ces questions et d’y répondre.
  • Faites des séquences de 10 minutes : durant la séance, surtout dans un mode “exposé”, créez de l’interaction avec les étudiants au bout de 10 minutes : sollicitez leurs réactions sur un aspect de la matière, posez-leur des questions ou lisez les remarques et questions du chat. N’oubliez pas, le réel apport d’une classe virtuelle par rapport à une vidéo pré-enregistrée est la possibilité de créer directement des interactions, entre vous et les étudiants comme entre les étudiants eux-mêmes.
  • Proposez une conclusion avec les prochaines étapes : rappelez les principaux points abordés durant la séance, remerciez les étudiants et annoncez les prochaines activités à réaliser dans le cadre de votre cours.

Comment réguler les échanges ?

Une nétiquette est un guide de bonne manière à l’usage des outils électroniques. Son objectif premier est de présenter un ensemble de comportements à respecter pour des bons usages d’Internet. En d’autres termes, c’est une charte de politesse et de savoir-vivre sur Internet à finalité éthique ou déontologique.

Lors d’une classe virtuelle, voici quelques règles – à adapter – qui peuvent être importantes à diffuser auprès de vos étudiants :

  • Eviter toutes les perturbations durant la classe virtuelle, c’est-à-dire mettre son téléphone en mode avion, fermer les onglets de son navigateur Internet, couper les logiciels non nécessaires pour la classe virtuelle, etc.
  • Adopter une posture et un cadre adéquats. Si la classe virtuelle peut être suivie de n’importe où – même depuis son lit –, il est important que l’étudiant soit dans un cadre et dans une posture propices au suivi de la séance.
  • Utiliser un langage adéquat. Lors des échanges, proposez aux étudiants d’éviter le langage “SMS/Texto”, les erreurs d'orthographe, de typographie et les phrases au brouillon.
  • Utiliser des codes pour cadrer les messages. En tant qu’enseignant, il peut être difficile d’animer la séance et de suivre les échanges sur le chat. Pour vous aider, vous pouvez demander à vos étudiants d’utiliser certains codes pour spécifier les types de messages. Par exemple : [?] … pour une question, [!] … pour une incompréhension, etc.N’utiliser le système de discussion que pour des échanges propres cours, tant pour éviter de distraire les autres avec des blagues que pour vous permettre à vous de suivre les échanges.

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